Apprendre et désapprendre : avancer même quand ça remue en dedans
Ça fait un an que je réfléchis à cette idée d’apprendre et de désapprendre.
Un an à observer comment, dans ma vie, il y a des choses qui changent vite… et d’autres qui résistent comme un courant qui retourne toujours à son lit naturel, même quand on essaie de le guider ailleurs.
Parce que la vérité et je suis tannée de faire semblant du contraire, c’est que changer n’est pas naturel pour moi. Pas par manque de volonté. Pas parce que je refuse la nouveauté. Mais parce que j’ai des réflexes, des croyances et des mécanismes de protection qui s’activent sans même me demander mon avis.
Je dis souvent que j’aime apprendre. Et c’est vrai. Mais désapprendre… je dois l’avouer : ce n’est pas que je n’aime pas ça, c’est que c’est difficile.
- Difficile parce que ça demande de laisser aller ce qui m’a tenue debout longtemps.
- Difficile parce que ça oblige à regarder des zones sensibles qu’on préfère éviter.
- Difficile parce que ça exige de se voir avec honnêteté et avec une douceur envers soi qu’on oublie souvent.
Je suis cyclique. Je répète des routines même quand je sais qu’elles ne me servent plus. Chaque novembre, je décide que je vais changer ma coupe de cheveux… et je reviens exactement à la même chose. Ça me fait sourire.
Et ça me rappelle que même avec les meilleures intentions, on retourne souvent à ce qu’on connaît avant d’oser sortir du courant.
Un sage m’a déjà dit : « Pour changer, il faut souffrir… ou être très sage ». Et comme je ne suis ni masochiste, ni très sage, je me situe quelque part entre les deux.
Je traîne mes peurs avec moi, ces petites peurs qui habitent le ventre. De décevoir, de ne pas être à la hauteur, de perdre pied, d’être perçue comme faible quand je suis vulnérable ou de me tromper en public, surtout quand on pense que je sais toujours où je m’en vais.
Et parfois, je me surprends à penser : « Je suis la PDG de l’EEB… attendez-vous moins de moi ? ». Comme si ce rôle rendait impossible le doute. Mais soyons honnêtes : attend-on moins d’un entrepreneur ou d’un dirigeant ?
On projette facilement sur eux une image de solidité, de certitude et de maîtrise. Alors qu’en vérité, ils avancent avec les mêmes peurs que tout le monde.
Marc Dutil et moi parlons souvent de l’ego. Je lui disais récemment que je veux aimer mon ego, pas le faire taire. Parce qu’en l’aimant, je peux le comprendre. Quand je le juge, il se referme. Quand je le nie, il prend toute la place.
Apprendre et désapprendre, pour moi, c’est accepter de ne pas être une machine à performer. Je suis une femme qui avance avec ses intuitions, ses contradictions, ses peurs… et un profond désir d’être vraie. C’est déposer, petit à petit, des réflexes qui appartiennent à d’anciennes versions de moi. C’est reconnaître que je reviens parfois à mes vieux chemins, mais chaque fois avec un millimètre de conscience en plus. Un millimètre, mais un millimètre qui change tout.
Mais le vrai changement, je le sens déjà : il se fait dans le regard que je porte sur moi. Dans la vérité que j’accepte de nommer. Dans ma capacité à avancer même quand ça remue.
Parce qu’au fond, l’eau finit toujours par trouver son chemin. Et moi aussi.