La nouvelle souveraineté
On m’a souvent dit que ma mineure en histoire ne me servirait qu’à briller dans les dîners. Pourtant, elle me donne aujourd’hui une boussole : celle de repérer les cycles qui se répètent.
En 1960, « Maîtres chez nous », c’était l’affirmation d’une possession. En 2026, je crois que ce slogan doit muter. Être maîtres chez nous, ce n’est plus seulement posséder nos murs et nos machines ; c’est maîtriser notre capacité à les transmettre sans les briser.
Le drame silencieux de notre économie se joue dans un dialogue de sourds :
Un repreneur dit : « Je suis prêt. »
Le cédant répond : « Pas encore. »
Entre les deux ? De l’émotion, des non-dits et des structures qui reposent sur une seule paire d’épaules. Pour dissiper ce flou, je propose quatre grands principes.
1. La synchronisation (plutôt que l’intention)
On ne manque pas de volonté, on manque de tempo. Le cédant et le repreneur vivent dans deux fuseaux horaires différents.
Le défi? Normaliser l’accompagnement précoce. La fiscalité n’est qu’une technique et la synchronisation des visions, elle, est un art qui demande du temps.
2. L’humain comme actif stratégique
On parle de « soft skills », je parle de survie. Transférer une entreprise, c’est orchestrer un deuil identitaire pour l’un et une naissance pour l’autre.
Oser la vérité. Si on n’évacue pas les peurs et les tabous familiaux avant la signature, c’est l’entreprise qui servira de champ de bataille. Protéger l’entreprise, c’est d’abord protéger la santé mentale de ceux qui la portent.
3. Retirer le « sauveur » pour sauver l’œuvre
L’entrepreneur est souvent le goulot d’étranglement de son propre succès. Par habitude ou par peur, il devient indispensable.
Je vous mets au défi. Si vous disparaissez 30 jours, qu’est-ce qui casse ? Si la réponse est « tout », votre entreprise n’est pas pérenne, elle est en sursis. C’est ici que votre gouvernance devient essentielle. C’est l’oxygène qui permet à l’organisation de respirer sans vous.
4. Briser l’isolement du sommet
Pourquoi tant de solitudes ? Le maillage entre ceux qui veulent quitter et ceux qui veulent bâtir est encore trop artisanal.
Transformer la relève en sport d’équipe. Il nous faut des lieux de vérité où les cédants peuvent admettre leurs doutes et où les repreneurs peuvent exposer leurs besoins, sans jugement.
Maîtres chez nous, c’est accepter que l’on n’est jamais vraiment propriétaire de ce que l’on a bâti : on en est seulement le gardien pour la génération suivante. La pérennité n’est pas seulement une transaction financière, c’est un patrimoine collectif, des emplois et la richesse du Québec.
Ma question pour vous : Au-delà du chèque, qu’est-ce qui vous empêche réellement de donner les clés demain matin ?