L’adaptation continue, ça se pilote
En ce début d’année 2026, Radio-Canada est venu prendre le pouls des entrepreneurs présents à l’EEB. Un an après les premières annonces de tarifs douaniers, la question était simple : où en sommes-nous vraiment?
Ce que j’entends dans les murs de l’École et chez des entrepreneurs de partout au Québec, ce n’est pas une panique généralisée. Ce n’est pas non plus un retour du « business as usual ». C’est plutôt une adaptation continue. Une suite de signaux, de coûts qui bougent, de règles qui changent et d’incertitude qui s’installe.
On le voit aussi dans les perspectives économiques. La Banque de développement du Canada parle d’une croissance canadienne modeste, autour de 1 % en 2026. Et du côté des PME, le thermomètre de confiance reste prudent. Selon le Baromètre des affaires de la FCEI, l’indice se situe à 59,5 sur 12 mois et à 52,4 sur 3 mois (janvier 2026). Ce n’est pas un signal pour s’alarmer.
Mais ce bruit de fond n’aide pas toujours les entrepreneurs à décider avec calme. Parce que quand l’incertitude demeure, la tentation naturelle est de geler et de remettre l’investissement à plus tard.
Or, ce que j’observe chez les entrepreneurs qui traversent le mieux ces périodes, c’est exactement l’inverse. Ils reprennent une posture de pilote. Ils revoient leurs façons de faire, testent de nouveaux marchés, répondent à de nouveaux besoins et réfléchissent à des acquisitions. Pas dans la précipitation, mais dans l’action réfléchie.
Souvent, c’est l’imprévisibilité qui fait le plus de dommages, parce qu’elle fragilise la clarté et fatigue la décision.
Cette fatigue-là a un impact direct sur un sujet qu’on n’ose pas toujours nommer. Une entreprise fragilisée devient une cible. Une entreprise solide garde des options.
Ce n’est pas un discours contre l’investissement étranger. Le vrai risque pour le Québec et le Canada, c’est quand vendre devient une solution par défaut plutôt qu’un choix stratégique.
Parce qu’une entreprise, ce n’est pas juste un bilan. C’est une équipe. C’est un savoir-faire. Ce sont des fournisseurs, des sous-traitants, des familles. Ce sont des emplois et, dans bien des cas, un morceau de vitalité économique qui fait tenir une région. Quand on parle de solidité d’entreprise, on parle aussi de solidité collective.
Et si j’ai une conviction profonde, c’est celle-ci : dans un contexte d’adaptation continue, le leadership ne constitue pas de prévoir parfaitement, mais de bâtir une entreprise résiliente.
Pas pour être invincible. Pour être libre. Libre d’investir. Libre de protéger ses gens. Libre de faire grandir sa région. Libre de ne jamais vendre par épuisement.
La façon dont nos entrepreneurs pilotent maintenant aura un impact direct sur la pérennité de nos entreprises… et sur l’avenir économique de nos régions.